Journal de Marie Bashkirtseff

Hantée par tous ces pieds j'ai envoyé Rosalie chercher des souliers à Jules pour les essayer. Et Emile a répondu que les souliers de Jules sont si petits qu'on n'a pas pu les trouver mais qu'il m'envoie ses bottes de chasse à lui avec l'espérance que je pourrai peut-être les mettre. Il en est résulté une promenade au Bois avec du chocolat cuit au bord de l'eau; je suis arrivée avec trois paires de souliers, les uns par-dessus les autres et la botte d'Emile par-dessus. D'abord une babouche orientale, puis un soulier à moi, puis un soulier à maman, puis la botte. J'en aurais rentré d'avantage mais les talons ne l'ont pas permis. Cette arrivée boiteuse fait qu'on se tord.
Nous le ramenons avec nous et je me fais raconter comment il a tué un prussien et comment ils sont restés une demi-heure couchés à plat ventre surpris par une fusillade. Après quoi nous montons chez lui et j'obtiens de ses souliers de soirée qui sont certainement très petits mais dans lesquels je nage. Du reste il lui suffit qu'il puisse entrer dans ma bottine, il ne prétend pas à autre chose. Au Bois nous l'avons trouvé dans la société de la femme, de son médecin et de son bébé.
Oui, mais le médecin que dit-il ?