Journal de Marie Bashkirtseff

Pâques.
Je reste à la maison pour répondre à l'inconnu.
C'est-à-dire que c'est moi qui suis une inconnue pour lui.
Il m'a déjà répondu trois fois, ce n'est pas que ce soit un Balzac qu'on adore complètement, ce n'est même pas Zola. Et maintenant je regrette de ne m'être pas attaquée à Zola mais à son lieutenant qui a du talent et beaucoup, c'est même parmi les jeunes celui qui en a le plus probablement mais...
Je me suis réveillée un beau matin avec le désir de faire apprécier les jolies choses que je sais dire par un connaisseur, j'ai cherché et j'ai choisi celui-là. Un naturaliste !
Les lettres sont jointes à ce cahier. Un naturaliste, ce serait très bien, mais c'est que je crains qu'il soit insuffisant pour moi... Dans tous ses livres il n'y a rien de complètement délicat et qui donne envie de lui écrire ou de s'écrier: "à la bonne heure voilà mon type." je m'exprime comme je peux.
Ce cahier dont beaucoup de pages n'est qu'un délire d'une malade. La fièvre la faisait trop souffrir et l'imagination la rendait malheureuse. Ce qui est et était malheureux c'est qu'elle était malade, que je l'ai perdue, car je l'adore et je l'adorerais toujours, elle était bonne, très bonne et j'ose le dire avec conviction qu'elle aimait sa famille.
M. Bashkirtseff mère.
Gloria Cupditas [Livre] 1 04 depuis le lundi 14 avril 1884 jusqu'au mardi 1er juillet 1884 30, rue Ampère Paris Lundi 1 4 avril 1 884 Mardi 1 5 avril 1 884