Je viens ecrire sous le coup d'une colere folle; vous savez si les persecutions pour cause de sante m'enragent; j'entre dans mon atelier et je le trouve chauffe a blanc, le poele flamboie, toutes les fenetres fermees. Une attention delicate de ma tante. Il n'y a pas quatre jours que j'ai fait chauffer mais c'etait un caprice de moi. Mais ce qui est au dessus de toute imagination c'est qu'on sait que ces choses-la me donnent des acces de rage et qu'on les fait tout de meme. Je suis rentree en courant et arrachant mes vetements me suis mise pendant vingt minutes dans un courant d'air parfait en criant qu'il faut bien me defendre par tous les moyens. On ne peut donc pas comprendre que des coleres pareilles et les extravagances qui en sont toujours la suite, ca fait plus de mal que n'importe quoi ! Non, vrai, on manque d'intelligence autour de moi. Sans compter que je suis vraiment plus prudente qu'on s'imagine, seulement c'est si embetant de laisser paraitre les soins qu'on prend de soi ! Et puis quel plaisir puis-je avoir a etre mal a l'aise, a souffrir du froid ou de l'humidite. Enfin, c'est idiot. Seulement voila une journee perdue, je ne puis travailler et ma colere s'en augmente ! Et puis j'ai peut-etre attrape une pleuresie ou sans aller si loin, l'effort des soins de deux mois est perdu en vingt minutes. Mais on ne comprendra jamais ca ici. C'est comme ca pour tout. Voila ce qui fait qu'ayant eu une existence absurde et inutile et embetante on a saccage mes plus belles annees et que je ne suis pas sur le chemin de les rattraper !