Je suis toujours sous l'impression douloureuse de cet atroce évènement. Le public un peu revenu de sa stupeur se demande par quelle criminelle imprudence le maheureux enfant a été livré aux sauvages. On accuse Chelmsford, voilà un homme qui parle bien, son nom, chelme. Et comment ne pas l'accuser, ne pas accuser ces infâmes, ces sinistres imprudents, ces atroces maladroits !
La presse anglaise s'émeut de la lâcheté des compagnons du Prince. Et moi qui n'y suis pour rien [en lisant ces lamentables détails je sens] et les larmes qui me montent dans les yeux. Je n'ai jamais été plus dérangée et les efforts que je fais toute la journée pour ne pas pleurer m'oppressent.
On dit que l'impératrice est morte cette nuit, mais aucun journal ne confirme cette nouvelle affreuse et consolante. Ce que j'ai de rage dans le cœur quand je pense qu'il eut été si facile de prévenir ce crime, ce malheur, cette infamie !
On voit encore des figures consternées dans la rue et il y a des marchandes de journaux qui pleurent. Et moi je fais comme les marchandes de journaux tout en avouant que ce n'est ni explicable, ni naturel. Je voudrais tant prendre le vrai deuil avec du crêpe. Cela répondrait bien à la disposition de mon esprit. En rentrant de l'atelier j'ai trouvé Obidine mais je suis bien peu aimable depuis vendredi. Je ne puis dire combien je suis affectée...
Qu'est-ce que ça vous fait ? me dira-t-on. Je ne sais pas ce que ça me fait, ça me fait très mal.
Il n'y a personne, je suis enfermée chez moi, je n'ai pas à poser et je fonds en larmes, ce qui est bête parce que cela m'affaiblis les yeux, déjà ce matin je l'ai senti en travaillant. Mais je ne puis me calmer à la pensée des circonstances fatales, horribles, épouvantables qui entourent cette mort, à la scélératesse de ses compagnons. Il eut été si facile d'éviter cela !
Je m'enlaidis et m'ennuie en pleurant. Mais c'est un évènement sans nom.