Tous les jours depuis un mois je répète que le 15 juin je dois partir et je supplie de s'apprêter répétant chaque fois que je m'attends à des scènes et que je supplie de me les épargner.
Bref, on m'a mise aujourd'hui dans un état à mordre du fer ! Juste au moment de partir les mêmes prétextes qui toujours furent avancés avec un sang-froid et une impudence !!!
Depuis trois jours je suis un peu folle et comme dans une vapeur... je me mis à pleurer, on persista; je criai, pas plus de succès alors j'ai cassé ce que j'ai pu, j'ai dit des malédictions horribles et j'ai poussé, battu ma tante !
Pardonnez-moi cette monstruosité en faveur de ce que je la dis aussi crûment.
Si vous étiez à ma place vous ne me condamneriez peut-être pas à un tel point.
Après cette scène épouvantable, je suis tombée dans une torpeur telle que je suis restée trois ou quatre heures sur le même fauteuil pendant qu'on faisait une partie de piquet avec les Anithckoff.
Ma tante et maman sont bonnes, miséricordieuses, elles ne m'en veulent même pas; ce qui les effrayerait ce serait quelque chose qui pût retomber sur moi. Elles savent que je suis à moitié folle et tout à fait malheureuse. Si je n'étais pas si dégoûtée et si horrifiée je dirais qu'elles sont devenues d'une obéissance passive et que dans l'espèce de nuage noir qui m'enveloppe je jouis de cette puissance monstrueuse.
Mme Anitckoff dit qu'elle voudrait me voir toujours ainsi.
- Vous êtes calme, votre figure est reposée et respire la tranquillité et la bonté et vous êtes jolie.
Pour la première fois depuis mon enfance je suis restée toute une journée avec tout le monde.
Mme Kondareff arriva joyeuse comme un oiseau avec son cousin Baranvitch qui était très malade. Vous vous rappelez de lui, n'est-ce pas, les premiers jours de mon arrivée ? On prit du thé au jardin.