Journal de Marie Bashkirtseff

Les délicieuses mélodies d'hier me sont montées au cerveau et y ont pris une certaine forme... Je songe... O non, pas à Antonelli le sale, mais à une créature qui m'a pris mes premiers baisers et qui par ce fait est infailliblement liée à toutes mes pensées... jusqu'à un nouveau... quelqu'un...
Vous savez ce que Walitsky a raconté à maman. Antonelli lui faisait ses confidences, eh bien... vous savez... il passait toutes ses nuites avec des filles ! En sortant de chez moi !!!
Tout en m'essayant Caroline parla du beau Capoul qui n'est pas beau. J'ai passé chez Reboux où j'ai continué à amuser comme chez Caroline... et enfin je suis rentrée ne me sentant plus de fatigue...et à force d'être désespérée et malheureuse., j'ai ri de Capoul et je me mis sur le lit de maman pour en bavarder et déclarer que je rageais de n'être pas une dame du monde.
— Car je veux Capoul... Oh ! dans mon salon seulement.
Rice est venue me voir
[Mots cancellés]
J'ai pris une carte de visite de mon père et ayant écrit ces quelques mots en travers, je l'envoyai à Cassagnac.
— "Je reviens de Russie et je voudrais avoir le plaisir de vous présenter à ma mère".
signé : Marie Bashkirtseff
Mais, fi de tout cela ! Je veux, je veux entendez-vous, je veux aimer quelqu'un. Je veux enfin savoir ce que c'est que cet Amour qui fait faire et ne pas faire tant de choses au genre humain.
Voulez-vous des vers ? tenez :
Je n'ai jamais aimé Je brûle du désir D'être bien vite informée De ce qu'amour veut dire Je veux savoir enfin Quel est ce grand mystère Qui fait au genre humain Tant faire ou ne point faire.
Eh bien franchement, cela n'est pas parce que c'est moi... je suis toujours juste mais franchement voilà des vers bien... mauvais.
Mais vraiment je ne ris pas quand je dis que je veux aimer... et il me semble que j'aimerai bientôt...
Pour quoi faire ? N'importe ! Il me déplaît d'entendre toujours parler et chanter l'amour et ne pas y comprendre plus que si on parlait ou chantait hollandais ! Je me suis vantée l'autre jour à Pacha de pouvoir parler de tout, je l'ai même défié de trouver un sujet sur lequel je n'eusse aucune connaissance, il n'a pas trouvé... et l'Amour ? Je débite les plus grossiers sophismes mais je n'en ai pas la moindre idée
Et ma fille - vous êtes comme "La Belle Hélène" d'Offen-bach qui chante : "Amour divin, ardente flamme !" Avec le refrain : "Il nous faut de l'amour N'en fût-il plus au monde !"
Mais ce n'est pas de cet amour que demandaient les Anciens à Vénus, (d'Offenbach) que je demande, moi.
Je demande., du feu sacré... pour allumer ma cigarette ? Fi ! je ne fume plus. [//]: # ( 2025-07-22T21:15:00 RSR: Entry extracted from book 9 raw carnet, lines 6203-6258. Marie's romantic awakening intensifies as yesterday's opera melodies ferment in her mind. She's haunted not by "Antonelli le sale" but by "une créature qui m'a pris mes premiers baisers" - the one who took her first kisses and is thus inevitably linked to all her thoughts until a new someone comes. Walitsky's revelation that Antonelli was frequenting prostitutes "En sortant de chez moi!!!" adds insult to injury. During dress fittings, she sends Cassagnac a card requesting to present him to her mother. Her desperate desire for authentic love explodes in bad verse: "Je n'ai jamais aimé / Je brûle du désir / D'être bien vite informée / De ce qu'amour veut dire" (I have never loved / I burn with desire / To be quickly informed / Of what love means). She admits these verses are "bien... mauvais" but insists her desire to love is genuine - she cannot bear hearing love sung constantly without understanding it better than Dutch. Her reference to "La Belle Hélène" shows her sophisticated grasp of the difference between Offenbach's theatrical passion and the sacred fire she seeks. )