Samedi, 27 novembre 1875
Nous prenons le train de onze heures du matin. Nous avons déjeuné à dix heures, comme tout était prêt pour le départ la femme de chambre ouvrit doucement la porte: Mademoiselle, dit-elle, j'ai encore appris quelque chose.
En un bond je me trouvai dans le corridor:
— Qu'avez-vous appris ?
— Par rapport à M. d'Audiffret.
— Oui, je sais.
— Eh bien j'ai appris le nom de la femme qu'il a conduite ici, c'est toujours la même, jamais une autre, et quand il est à Paris il va toujours chez elle.
— Comment son nom ?
— Madame Laura.
— Madame Laura ?
— Oui, oh ! mais c'est une très grande cocotte, elle a des chevaux, des voitures et deux femmes de chambre. Et quand elle est venue ici chez M. d'Audiffret, le matin, pour s'habiller, elle a envoyé chercher sa femme de chambre.
— C'est ce que vous avez appris ?
— Oui, c'est beaucoup, n'est-ce pas ?
— Sans doute, merci.
J'ai donné cinq francs, j'ai eu pour mes cinq francs.
Des cocottes, toujours des cocottes ! N'est-ce pas une vilenie ? Je ne sais comment pensent les autres, ceux qui sont plus âgés que moi, plus blasés, quant à moi je suis indignée.
Aimez donc des brutes qui passent leur vie avec des canailles !
Pendant toute cette journée en wagon, je grelotte, fume et aime cette brute. C'est incroyable combien j'ai imaginé de scènes avec lui, pas pour le roman, simplement pour moi, des jours entiers, des semaines, oh ! une telle quantité de choses. Et je le voyais si beau que je l'aimais.