Journal de Marie Bashkirtseff

Comme je l'ai dit, a dix heures et demie je monte a cheval avec Foster, M. de Mauldre nous rejoint pres du jardin public et nous allons au Var, je monte Nesky, cheval charmant pour une heure mais fatiguant pour trois heures. Ce monsieur n'a parle d'aucune commission, il n'en a pas le miserable, c'est un jeune homme de vingt-huit a trente ans, assez maigre, presque petit, presque brun, a long nez mince, a favoris, parle comme les Belges, comme le baron Leiss d'Ostende, nous avons galope assez fort sur le champ de courses mais trois fois mon coursier a refuse de sauter les obstacles, il a une allure saccadee et ne va jamais au pas, mais danse continuellement, a une heure un quart je rentre, toute secouee par la danse incessante de la bete.
Comme ma tante nous suivait en voiture on a du la renvoyer jusqu'a quatre heures, j'allais a pied avec ma tante (robe blanche, bien) je commence a aimer la robe mais Hong for [sic] Laferriere et Dieu sait comment elle me recevra.
Nous avons marche jusqu'a Mortier et de la sommes retournees a la Promenade, il y a musique et monde ou peuple.
A peu pres au milieu de la Promenade ma tante me dit de traverser, quand nous fumes sur l'autre trottoir, je vis la cause de ce changement, Terffidua venait a pied, lui passe elle me ramena sur la Promenade. — Ah ! je sais pourquoi ce changement vous vouliez eviter cet homme, mais comme vous etes bete ma tante, que craignez-vous ?
Vraiment vous me faites rire, je rirai trois jours de suite, si je ne rirai pas trois jours, j'ai ri trois quarts d'heure.
Quand nous traversions, d'Aspremont et de Constantin nous passerent. Cette pauvre tante a je crois encore eu peur.
Sciocchezze ! parce qu'un homme a regarde plusieurs fois au theatre dans le binocle on s'imagine Dieu sait quelles choses ! Ohime ! que c'est bete.
Nous etions chez Rumpelmayer au cercle.
Foster a imite ma robe grise en gros bleu et velours. Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.
Dans vingt jours les courses, et pas de Paris !